Pour les gens de la Mauricie, il est difficile de parler de la pêche blanche sans faire référence au célèbre Festival de la pêche aux petits poissons des chenaux de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Chaque année lorsque le froid hivernal est bien arrivé, une multitude de pourvoyeurs installent de petites cabanes de pêche sur la rivière Sainte-Anne. Ces cabanes sont tellement nombreuses que la rivière devient, pour quelques semaines, un véritable petit village sur glace.  Les pêcheurs qui s’y rendent souhaitent attraper le poulamon atlantique (Microgadus tomcod, Atlantic Tomcod). Ces petites morues viennent en grand nombre frayer dans la rivière Sainte-Anne. De nombreuses activités familiales sont organisées durant la journée et les pêcheurs peuvent également profiter des cabanes toute la nuit. On estime qu’environ 100 000 personnes viennent pêcher chaque année, ce qui en fait l’activité phare de cette petite municipalité d’à peine plus de 2000 habitants.

Histoire de la pêche aux petits poissons des chenaux

Pêche aux petits poissons des chenaux

Canadian Illustrated News du 10 avril 1880

Longtemps avant l’arrivée des premiers Européens en Nouvelle-France, les Amérindiens pratiquaient bel et bien la pêche aux poulamons. Des fouilles archéologiques ont révélé une abondance de restes de ces petits poissons non loin de Trois-Rivières. Certains de ces sites, principalement d’anciens villages iroquois, dataient de plus de 1000 ans. On rapporte également que le terme « poulamon » est un mot micmac qui signifierait « poisson d’hiver ». Pour les premiers habitants de la Nouvelle-France, une telle source de poissons frais, qui arrivait durant le temps des fêtes, était une réelle bénédiction.

Avant 1900, le poulamon est principalement pêché à Trois-Rivières, sur la portion de la rivière Saint-Maurice autour de l’île Saint-Quentin, entre le Cap-de-la-Madeleine et Trois-Rivières. On l’appelle d’ailleurs alors «poisson des Trois-Rivières» ou «poisson de Noël». Il deviendra ensuite le « petit poisson des chenaux », car il est pêché dans les chenaux des iles du Saint-Maurice, en bordure du Saint-Laurent. Il est facile de retrouver plusieurs écrits qui présentent cette activité. Lorsque la drague (flottage du bois) sur le Saint-Maurice s’intensifia, il semble que le poulamon déserta la rivière. On alla alors le pêcher à Batiscan, sur la rivière du même nom. Ces extraits de journal, rapporté sur le blogue de Jean Provencher, démontrent bien le désarroi que cela cause à la population de Trois-Rivières.

Dans le journal  Le Trifluvien, du 15 décembre 1896, on parle des résidents de Trois-Rivières sont désormais obliger d’acheter leurs poulamons plus au nord (Batiscan), car la pêche blanche sur le Saint-Maurice est moins généreux que par le passé.

« On a mis en vente la semaine dernière le petit poisson, mais il ne s’agit que du petit poisson d’en bas, celui des chenaux n’a pas encore fait son apparition. Un char de petits poissons «Tomy-Cod» vient justement d’arriver et un autre char sera reçu chaque semaine durant l’hiver au grand Magasin de provisions et liqueurs, de la rue St-Antoine, tenu par L. T. Cormier. »

En 1900, un son de cloche semblable nous vient de La Presse. Le journaliste se pose des questions. « La pêche blanche à la petite morue qui, par le passé, était si rémunératrice dans la rivière Saint-Maurice y fait défaut, cet hiver. Les pêcheurs, pour ne pas désappointer les gourmets, ni perdre un revenu précieux pour eux-mêmes, se sont vus obligés d’installer leurs appareils sur les bordages du fleuve Saint-Laurent. On dit qu’à cet endroit le petit poisson est assez abondant. Beaucoup sont surpris de constater que ce poisson, qui fréquentait le Saint-Maurice en si grandes quantités, autrefois, ait abandonné ses eaux. Ils en recherchent la vraie cause. »

En 1938, un boucher nommé Robert Mailhot se rendit sur la rivière Sainte-Anne afin d’y extraire de la glace dont il avait besoin pour les glacières. Il remarqua alors le passage d’imposants bancs de poissons. Lui et ses frères installèrent donc les premières cabanes sur la rivière Sainte-Anne afin de pratiquer la pêche blanche. Devant le succès obtenu, plusieurs ne tardèrent pas à les imiter. C’est donc depuis plus de 80 ans que Sainte-Anne-de-la-Pérade est devenue la capitale du petit poisson des chenaux. Pour les curieux qui souhaitent avoir davantage d’information sur les petits poissons des chenaux, on retrouve dans le village le centre d’interprétation du poulamon.

A propos de l'auteur

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Originaire du Cap-de-la-Madeleine, il est un passionné d'histoire et de tourisme. Il est également un web entrepreneur qui adore parcourir la région de la Mauricie, découvrir de nouveaux lieux et rencontrer des gens d'affaires. Je suis également webmestre et offre mes services aux entrepreneurs. Plus de détails sur mon site Internet.

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